sketch - Le potage

 

La mère, en tablier de cuisine, racontant avec lyrisme et de grands gestes brusques. Dominique, son fils ou sa fille, un bavoir au cou et une grande fourchette à la main.

 

La mère. – Je me souviens comme si c’était hier. Ma mère, ma propre mère, avait posé sur la table une grande casserole. Et ça fumait. Une fumée lourde qui empestait. Même que les passants dans la rue changeaient de trottoir.

Dominique. – De trottoir, carrément ?

La mère. – Carrément ! Ils s’enfuyaient bien vite en faisant de grands signes de croix.

Dominique. – N’importe quoi !

La mère. – Bon, pour les signes de croix je ne suis plus trop certaine mais pour le reste, juré craché.

Dominique. – Et toi, tu étais obligée de manger ça ?

La mère. – Pas le choix, mon chou. Pas le choix ! C’était une époque terrible, tu sais.

Dominique, avec compassion. – Maman !

La mère. – On était assis autour de la table. Toute la famille face à l’adversité. Je voyais mon grand frère qui devenait tout pâle. Et même papa, qui pourtant avait connu le temps du rutabaga et des tripes de porc, il serrait les dents à s’en péter les molaires.

Dominique. – Vous n’aviez qu’à tous partir et aller manger au MacDo.

La mère. – Malheureusement ce n’était pas possible. Ma mère était là, bien campée, implacable, sa grosse louche de métal à la main.

Dominique. – Mémé ?

La mère. – Oui, « mémé ». Parfaitement, mémé. Ah, je te parle de ça c’était bien avant les confitures de groseilles et les gâteaux au chocolat. A l’époque, ta grand-mère c’était la walkyrie des fourneaux. Quand elle pelait les oignons, c’est tout le quartier qui avait les yeux rouges pendant trois jours. Et le jour où au menu il y avait des fayots… eh bien, tu ne passais pas chez nous sans ton masque à gaz.

Dominique. – Alors comment que vous faisiez ?

La mère. – Quoi ?

Dominique. – Pour manger ? Avec les masques à gaz ?

La mère. – Oh tu en as de ces questions ! Est-ce que je me souviens, moi ? Ça remonte à plus de trente ans. On avait des seringues, j’imagine. On nous mettait les fayots direct en intraveineuse.

Dominique accuse le coup, atterré(e) puis sombre en sanglots.

Dominique. – Je ne veux pas qu’on me mette des intra-vénéneuses !

La mère. – Allons, ma petite courgette, personne ne va te mettre quoi que ce soit en intraveineuse. C’est fini, ce temps-là. Allez, finis tes fish sticks maintenant. Sinon, je te raconte la fois où on a mangé des vrais épinards.


vendredi 2 / samedi 3 / dimanche 4 décembre 2016

Maison de quartier de Mons

Boustifaille - décembre 2016

vendredi & samedi à 20h / dimanche à 17h

par l'atelier initiation au théâtre 2016

 

avec

Delphine Bellante / Nicolas Bragard / Jérémie Brasseur

Carine Dissegna / Valentine Hermant / Sandrine Hubert

Aurélie Lenfant / Marie Meys / Florence Naveau

Ophélie Noël / Joachim Andres Regueras Rodari / Sandrine Vansnick