La florologie transcendantale

C’est l’été, la saison des best-of ! L’occasion de ressortir des cartons quelques sketches des temps jadis. Comme celui-ci, La florologie transcendantale, monologue interprété par Jérémie Brasseur au Café-Théâtre du G en août 2007.  


La Florologie transcendantale

monologue de Jérémie Brasseur

Florologie transcendantale

Rosier, rosier, bonnes gens !

Soyez dans l’allégresse comme des géraniums dans leurs bacs à fleurs de chez Brico car je viens vous annoncer le chemin de sagesse du troisième millénaire : la Florologie transcendantale.

La Florologie transcendantale n’est pas une science qui vole au ras des pâquerettes. La Florologie transcendantale, ce n’est pas pour les empotés. Bien au contraire, la Transcendantale florology – comme on l’appelle déjà couramment dans les cercles agricoles cultivés – permet aux initiés de capter les pollens transplanétaires pour déployer largement leurs pétales psychiques.

Si tu es morose et blafard comme un tournesol en pleine nuit polaire, si au bureau tu as juste le droit de fermer glaïeul, si ta femme te fait crocus avec ton meilleur ami, adhère à la Florologie transcendantale.

Chaque matin, végète un peu devant ta glace puis exclame-toi avec conviction : « Je suis un beau bébé bégonia. » Et là, j’aime autant vous prévenir, faut pas qu’on se plante. Il y un gars, une fois, qui s’est pris pour un bébé cactus. On l’a retrouvé avec trente-six aiguilles à tricoter dans le corps. Quand on a eu fini de tout retirer, le pauvre : un gruyère ! Peint en jaune, c’était Bob l’éponge. Ça ne s’improvise pas, la Florologie.

Mais trèfle de bavardage. Je vais vous donner votre toute primevère leçon de Florologie transcendantale. Vous azalée écouter attentivement et vous répéterez après moi.

« Je suis un petit pissenlit. » (Répétez.) « Mes pieds sont des racines. » (À vous.) – Eh vous là-bas, je ne vois pas beaucoup s’ouvrir vos pétales psychiques. Je veux dire, vous n’avez pas le profil ‘plante vivace’. – Je reprends : « Mes jambes sont une longue tige. » (Allez-y.) « J’ai un gros pistil. » – (Je parle de mon nez, moi. Bande d’obsédés !)

Maintenant, on fait tous ensemble le cri matinal du pissenlit conquérant. Mmmmh… – Non, ça, c’est plutôt la pâquerette qui a bouffé du Roundup. – On recommence ! Le pissenlit conquérant : Mmmmh… – Très bien, toi, très bien ! Je vois que la fine fleur d’Harveng est dans la salle !... (Prenez-en de la graine, vous autres !) Mmmmh

Parfait. Continuez à faire la fleur ; j’arrive avec l’arrosoir.